Contrat de durée déterminée et chaînes : calculez ce qui vous est dû
CO 334: le contrat de durée déterminée s’éteint de lui-même. Quand la suite vaut durée indéterminée, et quand une chaîne sans raison objective peut être abusive. Pas de plafond FR.
Votre contrat court « jusqu’au 30 septembre ». Personne ne résilie. Le 1er octobre, vous êtes quand même au bureau, et l’entreprise dit: « On prolonge encore trois mois à durée déterminée. » Un an plus tard, la quatrième détermination est sur la table. En France, beaucoup pensent à un nombre maximal de renouvellements. En Suisse, l’art. 334 CO fonctionne autrement: le rapport déterminé s’éteint de lui-même, sans congé. Les chaînes ne sont pas interdites en bloc. Elles deviennent abusives, selon le SECO, lorsque des règles de protection sont contournées sans raisons objectives. Il n’existe pas, dans le CO, de plafond « au maximum deux renouvellements » à la française.
En bref
- Art. 334 al. 1 CO: le contrat de durée déterminée prend fin à l’échéance convenue sans qu’il soit nécessaire de donner congé (SECO, FAQ Résiliation du contrat).
- Art. 334 al. 2 CO: si, après l’échéance, le rapport est reconduit tacitement, il est réputé de durée indéterminée, sauf si une nouvelle période déterminée est convenue (SECO).
- Art. 334 al. 3 CO: une détermination de plus de dix ans est valable, mais après dix ans elle peut être résiliée moyennant six mois pour la fin d’un mois.
- Contrats en chaîne (succession de contrats de durée déterminée): selon le SECO, inadmissibles si des dispositions légales de protection sont ainsi contournées de façon abusive, notamment lorsque l’enchaînement se fait sans raisons objectives.
- Pas de plafond suisse légal « max. 2 renouvellements » à la française. L’examen est cas par cas et justifié objectivement.
- En cas d’abus: requalification / application des règles de protection (délais de congé, protection temporelle, etc.); litige devant le tribunal civil.
Droit: CO 334 et SECO sur la détermination
Fin automatique, sans congé
Le SECO répond à la question « Le contrat de travail de durée déterminée doit-il être résilié? » clairement: Non. Un contrat par exemple limité à six mois s’éteint après six mois automatiquement. Renvoi: art. 334 CO.
Conséquences pour vous:
- Pas besoin d’un « oubli de résiliation » de l’employeur: la date du contrat suffit.
- La protection matérielle et temporelle contre le licenciement (résiliation abusive art. 336 CO, délais de protection art. 336c CO) ne s’applique pas à une simple échéance comme à une résiliation ordinaire d’un contrat de durée indéterminée. La fin survient quand même, même si vous êtes malade, sauf autre règle. C’est une différence centrale avec le rapport de durée indéterminée.
- Temps d’essai: la loi n’en prévoit pas pour les contrats de durée déterminée; les parties peuvent en convenir (SECO, FAQ Résiliation).
Reconduction tacite = durée indéterminée
Art. 334 al. 2 CO / SECO: si l’on continue à travailler après l’échéance, sans convenir d’une nouvelle détermination, naît un rapport de durée indéterminée. Alors s’appliquent les règles ordinaires de résiliation (art. 335 ss CO), y compris les délais de l’art. 335c CO.
Note pratique: « On continue simplement » sans nouvelle détermination écrite est risqué pour l’employeur et souvent favorable pour vous. Un nouvel accord de détermination clair, avant ou à l’échéance, change à nouveau le tableau.
Contrats de plus de dix ans
Art. 334 al. 3 CO (SECO): un contrat conclu pour plus de dix ans est valable, mais après dix ans il peut être résilié (légalement moyennant six mois pour la fin d’un mois). Ce n’est pas une « durée maximale de dix ans », c’est une résiliabilité après cette durée.
Formes mixtes: durée maximale et durée minimale
Le SECO nomme des formes de pratique:
- Contrat avec durée maximale: résiliable en respectant le délai, et s’achève au plus tard à une date fixe.
- Contrat avec durée minimale: en principe de durée indéterminée, mais non résiliable avant un certain moment.
Lisez votre contrat précisément: « déterminé jusqu’au … » n’est pas la même chose que « indéterminé, résiliable au plus tôt à partir de … ».
Chaînes: admissibles, jusqu’à ce que le contournement joue
Texte SECO (FAQ Résiliation): des contrats en chaîne ne sont pas admissibles si, par ce moyen, des dispositions de protection légales sont contournées de façon abusive. C’est le cas lorsque la succession de contrats de durée déterminée n’est pas justifiée par des raisons objectives.
Ce que cela signifie, et ce que cela ne signifie pas:
| Affirmation | Suisse (CO / SECO) |
|---|---|
| Plusieurs déterminations à la suite possibles? | Oui, en principe. |
| Automatiquement inadmissible dès le 3e renouvellement? | Non. Pas de tel plafond dans le CO. |
| Logique française « max. 2 renouvellements »? | À ne pas transposer dans le CO. |
| Quand c’est problématique? | Contournement du droit de protection sans raison objective (SECO). |
| Exemples de raisons objectives (orientation, non exhaustif) | Fin de projet, saison, besoin limité, remplacement, formation / stage, mandat clair avec date de fin. |
| Exemples de schémas délicats | Besoin durable du poste, toujours le même travail, prolongations sans trou seulement pour éviter délais de protection / délais de congé / maintien de salaire. |
Important: on n’exige pas, dans chaque manuel, une « mauvaise intention » subjective; l’appréciation est souvent objective, selon que la chaîne est justifiée objectivement. Juges et doctrine examinent le cas d’espèce. N’inventez pas un nombre maximal fédéral de maillons.
Ce qui menace en cas de chaîne abusive
Sans inventer une loi de détail: pratique et doctrine vont typiquement vers l’application des conséquences de l’ordre de protection (notamment règles de délais de congé et de protection contre le licenciement), et vers le comptage de la durée totale des occupations pour les droits liés à l’ancienneté (p. ex. maintien de salaire selon les années de service). La conclusion concrète se formule avec un conseil; cet article ne remplace pas un jugement.
Calcul en CHF: ce qui compte à la fin du contrat
Même en cas de fin de détermination propre, restent souvent des questions d’argent: solde de vacances, heures supplémentaires, 13e salaire au prorata, frais. Exemples d’illustration seulement.
Exemple 1: fin propre après six mois
Détermination du 1er avril au 30 septembre. Salaire mensuel CHF 5'200. Pas de suite. Solde de vacances ouvert: 5 jours ouvrés.
- Fin sans congé le 30 septembre (art. 334 al. 1 CO).
- Indemnité de vacances, ordre de grandeur: 5'200 / 21.75 ≈ CHF 239.08 × 5 = CHF 1'195.40 (si la prise jusqu’à la fin n’est plus possible ou exigible; voir l’article sur les vacances pendant le préavis / à la sortie).
- Pas de droit à un « salaire de préavis » pour un mois supplémentaire du seul fait qu’« aucun congé n’est venu »: en cas de simple détermination, la fin est le cas normal.
Exemple 2: reconduction tacite
Le même contrat s’achève le 30 septembre. Dès le 1er octobre vous continuez, le salaire arrive, pas de nouvelle détermination.
- Dès lors: durée indéterminée (art. 334 al. 2 CO / SECO).
- Si la société veut sortir fin octobre, il faut une résiliation ordinaire avec le délai alors applicable (légalement souvent un mois en 1re année de service pour la fin d’un mois, art. 335c CO, sauf écrit / CCT contraire).
- Une « fin au 31 octobre sans congé » mal calculée peut signifier: vous avez droit au salaire jusqu’au terme correct. Ordre de grandeur: un mois CHF 5'200 plus assurances selon le décompte, si le délai a été violé.
Exemple 3: chaîne sans raison objective visible
Quatre contrats de 6 mois, même poste, même pensum 100 %, pas de description de projet, seulement « déterminé pour flexibilité d’entreprise ». Durée totale 24 mois, salaire mensuel CHF 6'000.
- Signal SECO: enchaînement sans raisons objectives peut être abusif.
- Pertinence financière possible (cas d’espèce): application des délais de congé / de la protection, comme si le rapport (avec durée minimale) était traité en durée indéterminée; salaire jusqu’à la fin correctement calculée. Pas d’indemnité forfaitaire automatique « deux mois de salaire » inventée ici (ce serait un autre institut, p. ex. résiliation abusive art. 336a CO, avec ses propres conditions).
- Documentez la chaîne et le besoin durable du poste; chiffrez à part les postes ouverts (vacances, 13e au prorata) en CHF.
Exemple 4: chaîne saisonnière objectivement fondée
Station: saison novembre-avril, chaque année un nouveau contrat déterminé, trou estival clair, la même personne revient volontairement.
- Beaucoup plaide ici pour une raison objective. Une thèse globale « chaîne = abus » ne tient pas.
- En fin de saison: fin automatique; vérifier solde de vacances et décompte de sortie.
Exemple 5: clause de dix ans
Contrat « déterminé pour 12 ans », salaire annuel CHF 96'000 (CHF 8'000/mois).
- Après dix ans, résiliable moyennant six mois pour la fin d’un mois (art. 334 al. 3 CO).
- Volume de six mois de salaire, ordre de grandeur CHF 48'000, comme taille d’orientation du délai, pas comme « indemnité de départ ».
Preuves, délais, procédure
Utile:
- Tous les contrats déterminés et avenants de prolongation, par ordre chronologique
- Cahier des charges, mandats de projet, mentions de saison, e-mails sur le « pourquoi déterminé »
- Preuve du travail effectif après la date d’échéance
- Décomptes, vacances, 13e salaire, décompte de sortie
- CCT/CTT, si la branche a des règles propres de détermination
Procédure: la FAQ SECO oriente. Litige issu du contrat privé: conciliation (CPC) puis tribunal civil cantonal. Ce n’est pas le conseil de prud’hommes français. Les emplois de droit public (administration) suivent souvent un autre droit. Prescription des créances patrimoniales typiquement cinq ans (art. 128 CO). Interruption notamment par reconnaissance, poursuite, requête de conciliation ou action (art. 135 CO). Un nouveau délai court dès l’interruption (art. 138 al. 1 CO); pour conciliation ou action, ce nouveau délai se compte lorsque l’instance est close.
Pièges fréquents
- Transposer le plafond français « max. deux renouvellements » en Suisse. Il n’existe pas ainsi dans le CO.
- Croire qu’une détermination exige un congé, et de ce fait rater le terme ou mal le calculer.
- Continuer à travailler sans nouvelle détermination et croire malgré tout que le rapport s’éteint « automatiquement un jour ».
- Confondre saison / projet et simple besoin durable: sans raison objective, la chaîne devient attaquable.
- Attendre une protection de délai comme en cas de résiliation d’un contrat indéterminé, alors que l’échéance temporelle joue.
- Ne regarder que le dernier contrat de six mois et oublier les maillons antérieurs pour les années de service / les droits.
- « Prolongation » orale sans clarté: nouvelle détermination, ou poursuite indéterminée?
Ce que vous pouvez faire maintenant
Posez toutes les déterminations sur une frise: dates de fin, trous, motifs, si vous avez continué après l’échéance. Vérifiez les postes ouverts du décompte de sortie, indépendamment de la question de chaîne.
Avec Paye Mes Heures, vous pouvez structurer fin de contrat, solde de vacances et postes de salaire, et les estimer, selon contrat, CCT/CTT et CO. Il n’existe pas de simulateur CH qui applique les plafonds français de CDD aux chaînes suisses; servez-vous de l’outil comme aide au dossier et, en cas de soupçon d’abus, prenez un conseil ciblé.
Sources officielles
- Art. 334 CO (contrat de durée déterminée): https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/27/317_321_377/fr
- SECO, FAQ Résiliation du contrat (contrat déterminé, contrats en chaîne): https://www.seco.admin.ch/fr/faq-resiliation-du-contrat
- Art. 335c CO (délais de congé, si le rapport est devenu indéterminé): https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/27/317_321_377/fr
