All-in et forfait d’heures : calculez ce qui vous est dû
All-in et « heures supplémentaires comprises dans le salaire » peuvent limiter les heures CO 321c, pas le travail supplémentaire LTr 13. CO vs LTr, CCT/CTT et exemples CHF.
Votre contrat dit « les heures supplémentaires sont comprises dans le salaire ». L’entreprise parle d’une rémunération « all-in » ou d’un forfait. Vendredi soir, vous êtes encore au bureau à Neuchâtel ou à Genève, et en décembre il n’y a aucune trace de supplément. Beaucoup de salariés croient alors: contrat = contrat, affaire classée. En Suisse, ce n’est que la moitié de la vérité. Une clause peut restreindre les heures supplémentaires du Code des obligations. Le travail supplémentaire (Überzeit) de la loi sur le travail ne s’efface pas ainsi.
En bref
- Heures supplémentaires = heures au-delà de la durée contractuelle (art. 321c CO). L’indemnité (salaire + au moins 25 %, ou repos) peut être exclue ou aménagée par écrit, CCT ou CTT.
- Travail supplémentaire / Überzeit = heures au-delà de la durée maximale légale (art. 9 LTr: en général 45 ou 50 heures par semaine). Supplément d’au moins 25 % (art. 13 LTr) ou repos 1:1 seulement avec votre accord; exclusion contractuelle inadmissible.
- « All-in », « forfait », « compris dans le salaire » concernent typiquement le versant CO, pas le versant LTr.
- CCT et CTT peuvent durcir ou (dans les limites licites) modifier les règles CO; la protection LTr reste.
- Estimez semaine par semaine pensum et plafond 45/50, puis chiffrez en CHF. Selon contrat, CCT/CTT et règles applicables (CO/LTr).
Ce que « all-in » veut dire en pratique
Sous « all-in », les entreprises entendent souvent: un salaire mensuel plus élevé, et plus de décompte séparé des heures supplémentaires. Variantes: « forfait d’heures », « horaire de confiance avec compensation », ou simplement « le surplus est compris dans le salaire ». Juridiquement, ce n’est pas le mot marketing qui compte, c’est quelle norme saisit le temps extra.
Le SECO distingue clairement (FAQ heures supplémentaires): les heures supplémentaires dépassent le temps convenu par contrat; le travail supplémentaire dépasse la durée maximale légale. L’indemnité des heures supplémentaires peut être écartée par écrit; celle du travail supplémentaire non. C’est là que beaucoup de clauses « tout est compris » échouent.
CO et LTr: deux couches, une même semaine
Couche 1: heures supplémentaires (art. 321c CO)
L’étalon est votre contrat individuel, sinon CCT/CTT, sinon l’usage. Tout ce qui est au-delà sont des heures supplémentaires. Obligation d’en fournir seulement si elles sont nécessaires, exigibles et sans surmenage, et si les limites LTr sont respectées (FAQ SECO).
Indemnisation selon le CO, si rien d’autre ne s’applique:
- salaire plus supplément d’au moins 25 %, ou
- repos d’au moins égale durée, si vous et l’employeur êtes d’accord.
Par accord écrit, CTT ou CCT, on peut baisser ou supprimer le supplément, et même exclure l’indemnité complète des heures supplémentaires. C’est la marge légale du « all-in » côté CO.
Couche 2: travail supplémentaire (art. 9, 12 et 13 LTr)
L’étalon est la durée maximale hebdomadaire:
- 45 heures pour les travailleurs des entreprises industrielles ainsi que le personnel de bureau, technique et autres employés et le personnel de vente des grandes entreprises du commerce de détail;
- 50 heures pour les autres travailleurs.
Tout ce qui est au-delà est du travail supplémentaire. Il n’est admissible qu’à titre exceptionnel (urgence, surcroît extraordinaire, inventaire/clôture, perturbations d’exploitation, si aucune autre mesure n’est raisonnablement exigible). Contingents: en principe max. 2 heures de travail supplémentaire par jour, ainsi que 170 heures par année civile (régime 45) ou 140 heures (régime 50).
Art. 13 al. 1 LTr: pour le travail supplémentaire, au moins 25 % de supplément. Art. 13 al. 2: en cas de compensation par un repos d’égale durée avec accord, le supplément tombe. Pour le personnel de bureau, technique et autres employés ainsi que la vente des grandes entreprises de détail, le supplément légal ne s’applique souvent que lorsque le travail supplémentaire dépasse 60 heures dans l’année civile. Cela ne change rien: l’indemnité ne peut pas être « écartée » par contrat.
L’exemple chiffré du SECO, relu
Industrie, semaine contractuelle 40 heures, presté 52 heures:
| Segment | Heures | Nature | Ce qu’une clause all-in peut typiquement faire |
|---|---|---|---|
| 0 à 40 | 40 | Pensum contractuel | Salaire normal |
| 40 à 45 | 5 | Heures supplémentaires (CO) | Exclusion/forfait possible, si écrit/CCT/CTT |
| 45 à 52 | 7 | Travail supplémentaire (LTr) | Exclusion inadmissible; +25 % au moins ou repos avec accord |
Qui ne lit que « tout est all-in » et ignore le plafond de 45 heures abandonne la part impérative.
Ce que la clause peut et ne peut pas
Licite (heures supplémentaires CO)
- Exclusion écrite de l’indemnité d’heures supplémentaires ou du supplément de 25 %.
- Forfait clairement destiné à couvrir des heures supplémentaires, de façon compréhensible.
- Règles CCT/CTT qui s’écartent du standard CO.
Pour les cadres, on argumente souvent qu’un pensum plus élevé est compensé par un salaire plus élevé. Le SECO exige pour cela une règle contractuelle, pas seulement un titre hiérarchique.
Inadmissible ou sans effet face à la LTr
- « Le travail supplémentaire aussi est compris dans le salaire. »
- « Le all-in couvre tout surplus, quel que soit le nombre d’heures. »
- Renonciation après coup à des créances déjà nées et impératives pendant les rapports de travail et le mois qui suit (art. 341 al. 1 CO; à distinguer de l’exclusion licite d’une indemnité CO future d’heures supplémentaires).
L’activité dirigeante supérieure peut être hors du champ personnel de la LTr (art. 3 let. d LTr). C’est étroit et à vérifier en fait, pas un sésame pour toute étiquette « cadre ».
Rôle de la CCT et du CTT
Une CCT peut maintenir un supplément d’heures supplémentaires alors que votre contrat individuel dit « compris », ou l’inverse (dans les limites du CO) en prévoyant des forfaits. Les CTT et les CCT étendues valent souvent pour toute une branche. Lisez les deux documents. L’indemnité LTr de travail supplémentaire n’en est pas touchée.
Exemples de calcul en CHF
Hypothèses: régime 45 heures, semaine contractuelle 42 heures, salaire mensuel CHF 7'200, plein temps. Salaire horaire approximatif: (7'200 × 12 / 52) / 42 ≈ CHF 39.56.
Exemple 1: le all-in ne tient que jusqu’au plafond Dans une semaine, 50 heures. De 42 à 45 = 3 heures supplémentaires (CO). De 45 à 50 = 5 heures de travail supplémentaire (LTr). Si l’indemnité CO est exclue par écrit, les 3 heures CO restent sans supplément séparé. Les 5 heures LTr: 5 × 39.56 × 1.25 ≈ CHF 247. Cette ligne ne se barre pas avec « all-in ».
Exemple 2: bureau et seuil des 60 heures Vous êtes employé de bureau et n’atteignez dans l’année civile que la 45e heure de travail supplémentaire. Le supplément légal de l’art. 13 al. 1 LTr ne s’applique pour cette catégorie souvent qu’à partir de la 61e heure. Contrat ou CCT peuvent être plus tôt et plus favorables. Les heures restent du travail supplémentaire au sens de la protection de la santé; seul le démarrage du supplément légal se décale.
Exemple 3: forfait trop juste Votre forfait all-in est de CHF 400 par mois. Sur trois mois de pointe, 25 heures supplémentaires CO chacune (sans exclusion de l’indemnité, seulement un forfait). 25 × 39.56 × 1.25 ≈ CHF 1'236 par mois. Si le forfait est clairement en dessous et présenté comme une vraie compensation, se pose la question de l’adéquation et de l’interprétation. Sans écrit clair et sans couverture CCT, examinez le cas; « forfait = toujours suffisant » n’est pas une règle.
Exemple 4: repos plutôt que l’argent pour le travail supplémentaire 7 heures de travail supplémentaire. Avec votre accord: 7 heures de repos d’égale durée, alors pas de supplément (art. 13 al. 2 LTr). Sans accord: supplément en argent. « On débitera ça un jour » sans votre consentement ne remplace pas le supplément.
Exemple 5: temps partiel Pensum 80 % d’une semaine d’entreprise de 42 heures → environ 33,6 heures contractuelles. Tout ce qui est au-delà sont des heures supplémentaires (CO), sauf définition contractuelle différente. Le plafond LTr de 45 heures reste la limite du travail supplémentaire. Un all-in sur les heures CO ne change pas la couche des 45 heures.
Preuves et mise en œuvre
Rassemblez:
- contrat de travail, clauses all-in / forfait, extraits CCT/CTT
- pointages, badge, calendrier, e-mails d’ordre
- bulletins de salaire (forfaits, suppléments, heures négatives)
- liste personnelle: date, début/fin, mission, qui a ordonné
Pour les litiges de salaire de droit privé, c’est le tribunal civil qui est compétent en Suisse (selon le canton, souvent après conciliation CPC). Réclamez par écrit, fixez un délai, examinez les voies syndicales si CCT. Prescription des créances nées du contrat de travail: en principe cinq ans (art. 128 CO). Interruption notamment par reconnaissance, poursuite, requête de conciliation ou action (art. 135 CO). Un nouveau délai court dès l’interruption (art. 138 al. 1 CO); pour conciliation ou action, ce nouveau délai se compte lorsque l’instance est close. Le SECO le dit: sa FAQ oriente, en cas de litige c’est le juge qui décide. Les emplois de droit public peuvent suivre d’autres règles. Ce n’est pas le conseil de prud’hommes français.
Pièges fréquents
- Prendre le all-in pour du travail supplémentaire: la clause peut viser le CO, pas la LTr.
- Ne lire que le contrat individuel, ignorer la CCT.
- Ne plus pointer parce que « de toute façon c’est compris »: sans trace, pas de créance LTr.
- Étiquette cadre sans vérifier le champ d’application de la LTr.
- Compensation « un jour » sans accord et sans écriture.
- Transaction de sortie qui « solde » des créances impératives déjà nées (art. 341 CO).
- Plaquer la logique française des « heures supp » sur la Suisse: ici, CO et LTr courent en parallèle.
Ce que vous pouvez faire maintenant
Lisez la clause mot à mot: « heures supplémentaires », « surplus », « travail supplémentaire », « Überzeit », « forfait ». Posez les derniers mois semaine par semaine contre le pensum et contre 45 ou 50 heures. Marquez à part la tranche CO et la tranche LTr, en CHF.
Avec Paye Mes Heures, vous pouvez préparer le dossier et estimer des créances, selon contrat, CCT/CTT et règles applicables (CO/LTr). La double structure suisse n’est pas le modèle français des heures supplémentaires; utilisez l’outil comme aide à structurer, pas comme substitut à un conseil pour un all-in complexe.
Sources officielles
- SECO, FAQ heures supplémentaires: https://www.seco.admin.ch/fr/faq-heures-supplementaires
- Art. 321c et 341 CO: https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/27/317_321_377/fr
- Art. 9, 12 et 13 LTr: https://www.fedlex.admin.ch/eli/cc/1966/57_57_57/fr
- SECO, durée du travail et du repos: https://www.seco.admin.ch/fr/duree-du-travail-et-du-repos
