Aller au contenu principal
PayeMesHeures
Audit gratuit →
Fiche de paie

Frais et dépenses (CO 327a) : calculez ce qui vous est dû

Art. 327a-327c CO: l'employeur rembourse les frais nécessaires. Un forfait n'est licite que s'il couvre; les clauses « frais à votre charge » sont nulles.

Camille Favre · Rédaction droit du travail · PayeMesHeures11 septembre 20268 min de lecture
Frais et dépenses (CO 327a): ce qui est remboursable

Vous avancez le billet CFF, invitez le client à un café, faites le plein pour le service externe. Des mois plus tard, on vous dit: « C’était compris dans le salaire » ou « On ne prend pas les frais. » En Suisse, c’est souvent faux. L’art. 327a CO oblige l’employeur à rembourser tous les frais imposés par l’exécution du travail. Cette obligation ne se contourne pas par une clause.

En bref

  • L’employeur rembourse les frais professionnels nécessaires (art. 327a al. 1 CO); en cas d’occupation hors du lieu de travail, aussi les dépenses nécessaires à l’entretien.
  • Un forfait écrit (indemnité journalière, hebdomadaire ou mensuelle) est admissible, mais il doit couvrir les frais nécessaires (art. 327a al. 2 CO).
  • Les accords selon lesquels vous supportez vous-même tout ou partie des frais nécessaires sont nuls (art. 327a al. 3 CO).
  • Véhicule à moteur: règles particulières à l’art. 327b CO; avance sur les frais: art. 327c CO.
  • Conservez justificatifs, règlement de frais et CCT. Litige = tribunal civil. Selon contrat, CCT/CTT et CO.

Ce que « nécessaire » veut dire

Le critère est ce qu’une travailleuse soigneuse pouvait, dans la situation concrète, considérer comme professionnellement requis. Exemples typiques:

  • frais de déplacement vers clients, chantiers, filiales (dans la mesure où ce n’est pas le trajet habituel domicile-lieu de travail contractuel)
  • nuitée et surcoût de repas lors d’interventions à l’extérieur
  • matériel, port, parkings, péages pour le compte de l’entreprise
  • frais de communication professionnellement occasionnés, si l’employeur ne les met pas à disposition

Pas automatiquement des frais au sens de l’art. 327a CO:

  • le trajet habituel domicile-lieu de travail (pendulaire)
  • les repas privés au lieu contractuel sans intervention à l’extérieur
  • les dépenses « lifestyle » sans lien avec l’exécution du travail

Les cas limites (internet en télétravail, appareil privé) dépendent de savoir si la dépense est nécessaire à l’exécution du travail et si l’employeur fournit les moyens. Ce n’est pas un forfait français de « télétravail »; ce qui compte reste l’art. 327a CO (et le cas échéant le devoir de diligence, art. 328 CO), pas un taux importé.

Forfait vs décompte au réel

L’art. 327a al. 2 CO permet une indemnité fixe par accord écrit, CTT ou CCT. Condition: le forfait doit couvrir les frais nécessairement occasionnés. Si le forfait ne suffit systématiquement pas (p. ex. CHF 50/mois pour des déplacements lointains chaque semaine), vous pouvez réclamer le manque ou attaquer la clause.

La reconnaissance fiscale des forfaits (règlement de frais approuvé par l’administration cantonale des impôts) est une autre question que la créance de droit civil selon le CO. Un règlement fiscalement approuvé aide en pratique; il ne remplace pas le noyau impératif de l’art. 327a al. 1 et 3 CO.

Véhicule à moteur et avance

L’art. 327b CO règle les frais et l’indemnité lorsque, d’entente avec l’employeur, vous mettez un véhicule à moteur au service du travail. Les détails (kilomètres, amortissement) figurent souvent dans le contrat ou le règlement de frais; sans accord clair, le principe du remboursement des frais nécessaires reste.

L’art. 327c CO: le remboursement a lieu en même temps que le salaire, sur la base de votre décompte, sauf délai plus court convenu ou usuel. Lorsque l’exécution du contrat impose régulièrement des frais, l’employeur doit une avance convenable, à intervalles déterminés et en tout cas chaque mois. « Avancez trois mois, on verra ensuite » contredit cette logique si les frais sont prévisibles et occasionnés par l’entreprise.

Exemples CHF

Exemple 1: service externe, train Salaire mensuel CHF 5'800. Quatre rendez-vous clients dans une autre ville, billets 2e classe au total CHF 186, justificatifs disponibles. Le contrat se tait sur les frais. Dû: le remboursement des CHF 186 (plus, le cas échéant, les repas / nuitées nécessaires en cas d’absence plus longue). Une mention « frais compris dans le salaire » est inefficace selon l’art. 327a al. 3 CO, dans la mesure où elle reporte des frais nécessaires.

Exemple 2: forfait trop bas Par écrit: forfait de frais CHF 150/mois. En mars, trois nuitées à CHF 140 chacune (nécessaires, autorisées) plus frais de déplacement CHF 220 = CHF 640. Manque de couverture: CHF 490. Le forfait ne couvre pas les frais nécessaires; la différence est réclamable (cas d’espèce et justificatifs).

Exemple 3: pendulaire vs intervention Domicile à Fribourg, lieu de travail contractuel à Lausanne. L’abonnement pour le trajet quotidien n’est en principe pas une créance de l’art. 327a. Si vous continuez de Lausanne jusqu’à Sion pour un client, les surcoûts de l’intervention sont typiquement remboursables.

Exemple 4: repas d’équipe « volontaire » Vendredi soir au restaurant, sans mandat et sans caractère d’entreprise: plutôt privé. Dîner client sur instruction de la direction commerciale, avec justificatif: plutôt nécessaire.

Règlement de frais, CCT et certificat de salaire

Beaucoup d’entreprises ont un règlement interne de frais. Il peut préciser l’art. 327a CO (quels justificatifs, délais, plafonds), mais pas reporter les frais nécessaires sur vous. Une CCT peut contenir des règles plus favorables ou plus détaillées (kilomètres, repas, nuitée). Même sans règlement, le principe légal s’applique.

Sur le certificat de salaire, les vrais remboursements de frais n’apparaissent en principe pas comme du salaire s’ils remplacent des dépenses. Un forfait sans couverture suffisante ou un « élément de salaire caché » peut suivre un autre régime fiscal et social. En droit civil, la question reste: les frais nécessaires ont-ils été couverts?

Ce qui ne passe pas pour « nécessaire »

Tracer la limite aide avant de contester:

  • voyages privés avant/après le rendez-vous client, sans plus-value d’entreprise
  • surclassement 1re classe sans instruction ni justification d’exploitation
  • invitation du cercle d’amis privé sous l’étiquette « networking »
  • double décompte du même trajet (entreprise et client)

À l’inverse: l’absence de justificatif ne tue pas automatiquement la créance. Vous pouvez rendre le montant vraisemblable autrement (horaire, entrée d’agenda, témoins, relevé de carte). Plus la preuve est faible, plus le risque de procédure est élevé.

Exemple 5: achat de matériel sans avance Sur instruction, vous achetez du consommable pour CHF 240, parce que l’entreprise « n’a pas le temps de commander ». L’art. 327c CO plaide pour une avance convenable; en tout cas le remboursement selon l’art. 327a al. 1 CO est dû. Une déduction « vous auriez dû passer par le central » après une instruction orale est délicate.

Comment faire valoir la créance

  1. Rassemblez règlement de frais, contrat, CCT et derniers décomptes.
  2. Pour chaque dépense: date, but, montant en CHF, justificatif, autorisée ou usuelle.
  3. Déposez par écrit, ou mettez en demeure avec délai si l’entreprise bloque.
  4. En cas de refus systématique: conciliation (CPC) puis tribunal civil cantonal. Ce n’est pas le conseil de prud’hommes français. Prescription en principe cinq ans (art. 128 CO). Interruption notamment par reconnaissance, poursuite, requête de conciliation ou action (art. 135 CO). Un nouveau délai court dès l’interruption (art. 138 al. 1 CO); pour conciliation ou action, ce nouveau délai se compte lorsque l’instance est close.
  5. Vérifiez en parallèle si des déductions sur le décompte de salaire « compensent » des frais (alors aussi l’art. 323b CO).

Les indications SECO sur le droit privé du contrat de travail orientent; en cas de litige, c’est le juge qui décide. Les emplois de droit public peuvent suivre d’autres règles de personnel. Si des frais ont été tolérés pendant des mois puis soudain rayés, documentez la pratique: elle peut étayer l’interprétation de « nécessaire » et de l’usage, sans sauver une clause de report nulle.

Pièges fréquents

  1. Accepter « compris dans le salaire » pour des frais nécessaires (art. 327a al. 3 CO).
  2. Jeter les justificatifs parce que « de toute façon il y a un forfait ».
  3. Mélanger pendulaire et intervention à l’extérieur.
  4. Confondre forfait fiscal et couverture de droit civil.
  5. Plaquer la logique française de note de frais ou des références SMIC sur le CO suisse.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Dressez un tableau des frais ouverts des douze derniers mois en CHF. Séparez pendulaire, déplacements autorisés et forfaits. Vérifiez si le forfait couvre la réalité.

Avec Paye Mes Heures, vous pouvez structurer frais et postes annexes de salaire et les estimer, selon contrat, CCT/CTT et CO. Pas de promesse d’un simulateur CH de frais « comme en France »; l’objectif est un dossier propre.

Sources officielles

Vous pensez avoir des heures non payées ?

Notre algorithme analyse vos horaires et calcule le montant exact que votre employeur vous doit.

Articles similaires