Les heures supplémentaires sous le Code canadien du travail : guide pour les salariés de compétence fédérale
Si vous travaillez pour une banque, une compagnie aérienne, une entreprise de télécommunications ou tout autre employeur de compétence fédérale, le Code canadien du travail régit vos heures supplémentaires : 8 h/jour et 40 h/semaine, majoration de 1,5×, règles de reprise en congé et fenêtre de 24 mois.
Les heures normales : 8 par jour et 40 par semaine
Le régime fédéral est le seul des trois couverts ici à comporter un seuil quotidien. Selon l'art. 169(1), les heures normales sont de huit heures par jour et quarante heures par semaine. Les heures supplémentaires sont toute période travaillée au-delà de ces heures normales — ce qui signifie que vous pouvez gagner des heures supplémentaires en dépassant 8 heures dans une journée même si votre semaine reste sous 40, ou en dépassant 40 heures dans une semaine même si aucune journée n'a franchi 8 heures. Le premier seuil franchi déclenche la majoration.
Le taux : au moins 1,5×
Selon l'art. 174(1)(a), les heures supplémentaires doivent être payées à un taux d'au moins une fois et demie le salaire horaire habituel (regular rate of wages). Ce 1,5× est le plancher légal — votre convention collective peut promettre davantage, jamais moins. Voyez La majoration au Canada : quand la majoration de 50 % vous est due pour la définition de l'assiette.
La reprise en congé au lieu du paiement — et sa reconversion en argent
Le Code fédéral offre une solution de rechange à l'argent : la reprise en congé (time off in lieu). Selon l'art. 174(1)(b), sur demande écrite du salarié, l'employeur peut accorder au moins 1,5 heure de congé payé pour chaque heure supplémentaire travaillée, au lieu de la payer. Mais cette reprise est assortie de règles de délai strictes qui vous protègent :
- Elle doit être prise dans les 3 mois suivant la période de paie où les heures supplémentaires ont été effectuées — ou une période plus longue convenue par écrit, jusqu'à un maximum de 12 mois hors convention collective (art. 174(3)).
- Si elle n'est pas prise à temps, elle se reconvertit en créance monétaire. Selon l'art. 174(4), l'employeur doit, dans les 30 jours suivant la fin de cette période, payer les heures supplémentaires à au moins 1,5× le salaire horaire habituel que le salarié touchait le jour où il a effectué les heures supplémentaires.
- La même règle s'applique à la fin d'emploi (art. 174(5)) : la reprise en congé non prise devient payable en argent.
Conséquence pratique : les heures supplémentaires « mises en banque » qui n'ont jamais été réellement prises en congé ne disparaissent pas. Elles deviennent une créance en argent à 1,5× — donc si vous avez quitté un emploi avec des heures accumulées non prises, ou si une ancienne banque n'a jamais été épuisée dans son délai, c'est de l'argent dû.
L'étalement peut déplacer le seuil hebdomadaire
Lorsque la nature du travail exige une répartition irrégulière des heures, le Code permet d'étaler les heures sur une période de deux semaines ou plus selon les modalités prescrites (art. 169(2)). Un arrangement d'étalement valide change la façon dont le seuil hebdomadaire est appliqué — la ligne des 40 heures s'apprécie en moyenne sur la période plutôt que semaine par semaine. L'étalement ne joue que lorsqu'un arrangement en bonne et due forme est en place ; à défaut, les seuils fermes de 8 heures/jour et 40 heures/semaine s'appliquent.
Les délais : porter plainte dans les 6 mois, récupérer 24 mois
Deux horloges distinctes tournent dans le régime fédéral, et les confondre peut être fatal à une réclamation :
- Le délai de plainte est de 6 mois. Une plainte de salaire impayé doit être déposée dans les 6 mois suivant le dernier jour où l'employeur devait le payer (art. 251.01). Le chef peut prolonger ce délai dans certains cas.
- La profondeur de récupération est de 24 mois. Une ordonnance de paiement ne peut viser des salaires dus pour la période antérieure aux 24 mois précédant immédiatement la plainte — ou, si l'emploi a pris fin d'abord, les 24 mois précédant la fin d'emploi (art. 251.1(1.1)).
Vous devez donc agir dans les 6 mois, et lorsque vous le faites, l'ordonnance peut remonter jusqu'à 24 mois. Ne présumez pas que la portée de deux ans vous laisse deux ans pour porter plainte — ce n'est pas le cas.
Votre employeur doit tenir les registres
Les propres registres de l'employeur sont votre preuve. Selon le Règlement du Canada sur les normes du travail, art. 24, un employeur fédéral doit tenir, pour chaque salarié, les heures travaillées chaque jour et les montants payés en heures supplémentaires, et conserver ces registres pendant au moins 36 mois (trois ans). Si la paie de votre employeur affiche moins d'heures supplémentaires que votre propre journal, cet écart est le cœur d'une réclamation — et l'employeur est tenu d'avoir conservé le registre sous-jacent.
Cadre
Fédéral — Code canadien du travail, art. 174(1) : « When an employee is required or permitted to work overtime, they are entitled to (a) be paid for the overtime at a rate of wages not less than one and one-half times their regular rate of wages; or (b) be granted not less than one and one-half hours of time off with pay for each hour of overtime worked, subject to subsections (2) to (5). »
Code canadien du travail, art. 174(4) : « If the employee does not take all or part of the time off within the applicable period referred to in paragraph (2)(b), the employer shall, within 30 days after the day on which that period ends, pay the employee's wages for the overtime for which the time off was not taken, at a rate of wages not less than one and one-half times the employee's regular rate of wages on the day on which they worked the overtime. »
Sources : Code canadien du travail (L.R.C. 1985, ch. L-2), Partie III, art. 169, art. 174, art. 251.01, art. 251.1 ; Règlement du Canada sur les normes du travail (C.R.C., ch. 986), art. 24.
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