Reprise en congé ou paiement des heures supplémentaires : devez-vous accepter les heures mises en banque ?
Votre employeur veut vous donner du congé plutôt que de payer vos heures supplémentaires. Quand est-ce permis — et qu'advient-il du congé compensatoire dû mais jamais pris ? Il redevient de l'argent que vous pouvez encore réclamer.
Ce qu'est réellement le congé compensatoire
Les heures supplémentaires créent une dette. Votre employeur peut régler cette dette dans l'une de deux monnaies : l'argent (le taux majoré) ou le temps (du congé payé). La reprise en congé est simplement la seconde monnaie. Le hic, c'est que la loi fixe à la fois le taux de change et le délai pour le dépenser — et si le délai passe sans que le temps soit pris, la dette redevient de l'argent.
Le taux de change repose partout sur la même idée : une heure supplémentaire ne vaut pas une heure de congé. Elle vaut une heure et demie de congé, à l'image du taux de paiement de 1,5×.
Fédéral : seulement sur demande écrite, et un délai de 3 mois
Selon le Code canadien du travail, une heure supplémentaire vous ouvre droit soit à un paiement d'au moins 1,5× votre salaire horaire habituel, soit à « not less than one and one-half hours of time off with pay for each hour of overtime worked » (art. 174(1)(b)). Deux choses comptent ici.
D'abord, la mise en banque se fait à la demande du salarié, par entente écrite — ce n'est pas quelque chose que l'employeur peut simplement imposer à la place du paiement. Ensuite, le congé doit être pris dans les trois mois suivant la période de paie où les heures supplémentaires ont été effectuées, ou dans une période plus longue convenue par écrit — au plus 12 mois hors convention collective (art. 174(3)).
Et voici la protection la plus importante : si vous ne prenez pas le congé mis en banque dans ce délai, l'employeur doit le payer comme des heures supplémentaires, à 1,5×, dans les 30 jours (art. 174(4)). La même règle s'applique si votre emploi prend fin avant que vous ne preniez le congé — il est payé dans les 30 jours suivant la fin d'emploi (art. 174(5)). Les heures en banque ne s'évaporent pas. Elles redeviennent de l'argent.
Ontario : par entente seulement
En Ontario, l'Employment Standards Act, 2000 permet à un salarié et à un employeur de convenir que les heures supplémentaires seront compensées par un congé payé au lieu du paiement — là encore au taux de une heure et demie de congé pour chaque heure supplémentaire travaillée (art. 22(7)). Le mot essentiel est convenir : la reprise en congé en Ontario repose sur une entente, non sur la décision unilatérale de l'employeur. À défaut d'entente, le régime par défaut demeure le paiement des heures supplémentaires à 1,5× au-delà de 44 heures dans la semaine de travail (art. 22(1)).
Québec : « majorée de 50 % », dans les 12 mois
La Loi sur les normes du travail du Québec encadre le même choix. L'article 55 prévoit que, « à la demande de la personne salariée ou dans les cas prévus par une convention collective ou un décret », l'employeur peut remplacer le paiement des heures supplémentaires par un congé payé d'une durée équivalente aux heures supplémentaires effectuées, « majorée de 50 % » — soit l'équivalent en temps du taux de 1,5×. Ce congé « doit être pris dans les 12 mois suivant les heures supplémentaires effectuées » (art. 55, al. 3).
Si le congé compensatoire n'est pas pris dans ces 12 mois, la créance monétaire subsiste : les heures supplémentaires vous sont toujours dues. Au Québec aussi, la mise en banque se fait normalement à la demande du salarié (ou en vertu d'une convention collective ou d'un décret) — ce n'est pas un substitut que l'employeur peut imposer.
À retenir : le congé compensatoire non pris est de l'argent que vous pouvez encore réclamer
Mettez les trois régimes ensemble et un principe ressort. La reprise en congé est une façon de reporter la dette, non de l'annuler. Si le congé mis en banque n'a jamais été pris dans la fenêtre légale — trois mois (prolongeable à 12) au fédéral, 12 mois au Québec, ou la durée de l'entente en Ontario — alors les heures redeviennent une réclamation salariale à 1,5×.
Donc si vous avez accepté de mettre des heures en banque il y a un an, que vous n'avez jamais pu les prendre, puis qu'on vous a dit « l'année est écoulée, vous les avez perdues », c'est très probablement faux. Au fédéral, ces heures auraient dû être payées dans les 30 jours suivant la fin de la période. La même logique s'applique si vous quittez un emploi avec une banque de congé compensatoire non pris : il est payable.
Avant d'accepter de mettre des heures en banque
- Vérifiez que la demande venait de vous. Au fédéral et au Québec, la reprise en congé est normalement à la demande du salarié. Si la mise en banque a été imposée pour éviter de payer les heures supplémentaires, contestez-la.
- Notez le délai par écrit. Trois mois au fédéral (jusqu'à 12), 12 mois au Québec. Inscrivez-le à l'agenda.
- Tenez votre propre registre de la banque. Suivez les heures mises en banque et les heures réellement prises. L'écart est ce qui peut encore être dû.
- Faites le calcul de la conversion. Les heures en banque non prises valent 1,5× votre salaire horaire habituel en argent — non votre simple taux horaire.
Cadre
Fédéral — Code canadien du travail, art. 174(4) : « If the employee does not take all or part of the time off within the applicable period referred to in paragraph (2)(b), the employer shall, within 30 days after the day on which that period ends, pay the employee's wages for the overtime for which the time off was not taken, at a rate of wages not less than one and one-half times the employee's regular rate of wages on the day on which they worked the overtime. »
Sources : Code canadien du travail (L.R.C. 1985, ch. L-2), Partie III, art. 174(1)–(5) ; Employment Standards Act, 2000 (S.O. 2000, ch. 41), art. 22(7) ; Loi sur les normes du travail (RLRQ, ch. N-1.1), art. 55.
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